La guerre des langues : le mensonge du Soft-Power

 


    Il est difficile de définir ce qu'est être Français. Je me souviens d'une vieille émission où un chroniqueur quelconque brandissait sa carte d'identité devant la caméra avant d'ajouter : "c'est ça, être français !". D'autres parleront de culture, de traditions, de l'histoire, des valeurs républicaines, etc.
    Pour ma part, je suis Français parce que je parle le français. Pas patriote pour un sou, je revendique cependant avec fierté ce goût pour ma langue maternelle. Et c'est ainsi que je vis ma nationalité et ma citoyenneté.
    Emil Cioran ne disait-il pas : 
 "On n'habite pas un pays, on habite une langue. Une patrie, c'est cela et rien d'autre."
    Dans un de mes précédents articles, je me suis longuement épanché sur la nécessité du vocabulaire pour vivre son individualité, parfois avec beaucoup de sévérité pour mes contemporains. C'est pourquoi je ne vais pas m'éterniser ici en répétant les mêmes reproches. Je tiens simplement à ajouter que le "Soft Power" n'a de soft que son nom. Cette guerre n'est pas douce ; elle est même on ne peut plus agressive sur le plan psychique. L'Anglais, véritable virus vaisseau du diable, bouffe notre matière grise en remplaçant des mots et des concepts. Le langage managérial n'en est que le plus visible des promoteurs, même si encore aujourd'hui on peut constater les dégâts qu'il a occasionnés en sortant de son domaine originel pour venir envenimer les langues des plus jeunes, mais aussi de toutes les personnes n'ayant pas les moyens économiques pour accéder à la culture et à l'éducation.
    Quand je suis parti en voyage au Canada en 2015, notre guide (qui s'appelait France, ça ne s'invente pas) au-delà de son talent pour la vulgarisation historique et culturelle et de sa dévotion pour la défense de son pays n'a eu de cesse de défendre le français comme on ne le fait jamais en France. Elle a eu nombre d'occasions pour se moquer gentiment de notre indolence toute métropolitaine, tout en nous enseignant un goût pour notre langue qui n'existe qu'au Québec, là où les anglicismes et le "franglais" font le plus de ravages. Aujourd'hui, je ressens de plus en plus urgemment cette nécessité de conscientiser cette lutte invisible qui a pour théâtre d'opérations nos boites crâniennes, et c'est sans doute un peu grâce à elle.
    Certes, comme le défend Claude Hagège dans la vidéo ci-dessus, le Français gagne encore et toujours plus d'usagers partout sur la surface du globe. Il vous parlera beaucoup mieux de notre langue que moi. Ceci n'est pas un article-essai comme j'ai l'habitude d'en faire ; je n'ai pas de proposition ni de plu-valu à vous offrir sur un tel sujet. Ce texte est une affirmation. Je n'en peux plus de constater à quel point nous perdons cette guerre sur bien des champs de bataille, en premier lieu : les réseaux sociaux, YouTube, Twitch et autres lieux stratégiques du monde numérique. Par le biais de la culture geek, l'Anglais a vampirisé les esprits de ceux qui détiennent les plus grands pouvoirs d'influence. Le français, aujourd'hui, est mutilé, fragilisé et dévoyé.
    Comme le dit Claude Hagège dans une autre vidéo, toutes les langues ne cessent jamais d'évoluer et d'emprunter des termes venus de l'étranger. Cela est un processus naturel. Mais notre inquiétude doit s'éveiller à partir du moment où ces données extérieures ont pour vocation de remplacer des mots déjà existants, des mots dont nous avons oublié le sens et l'utilité. Tout ce qui est critiquable est retiré du langage. Ainsi, il n'y a ni persécuteur ni persécuté, et donc, pas de persécution. Si nous n'y prenons pas garde, le français disparaitra au profit d'un dialecte artificiel et vidé de toute substance culturelle. Nous commençons déjà à parler comme des robots… un jour, nous n'aurons plus l'aptitude d'agir autrement qu'en robot.
    Le combat contre le capitalisme barbare n'est pas qu'économique ou politique. Il concerne tout le spectre des connaissances. En cela, le combat commence par la parole. Parlez, ralentissez votre débit, respirez et réarmez-vous.
    Si la résistance est dans les mots, alors le premier acte de résistance est la remémoration.
    Souvenez-vous.

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