Prosfatio


    Je suis le dernier Homme sur la terre.

    Je le suis maintes fois, autant de fois qu’il le faut. Et vous l’êtes aussi, autant de fois qu’il le faut. Et il n’y a guère que cette solitude que nous ne pouvons partager.
    À tous les derniers, à tous les benjamins de la finitude, à tous les christs de baignoire, à ceux qui ont du bruit dans la tête, du sang sous les ongles et du vent sous les pieds, à ceux qui dressent leurs viscères comme des voiles et des armatures, vous vous reconnaîtrez.
    À tous les derniers, les poètes vous ont pardonné, Bach vous a écrit un hymne et vos démons vous aiment comme des mères ; vous savez de quoi je parle.
    Aussi, puissions-nous atteindre la nutrition du verbe, la reproduction des spasmes mentaux, ce qui donne à être, ce qui tend vers l'activité vivante de l'homme.
    Pour tout ce que j’ai pensé et n’ait pas dit, pour tout ce que j’ai dit et n’ait pas fait, pour tout ce que j’ai fait et n’ait pas pensé : je vous offre à tous en guise de pénitence le livre que je n’ai jamais écrit, le livre qui aurait dû vous offrir l’amnistie que notre temps n’a jamais daigné vous donner.

    En son nom, je m’humilie devant vous et vous demande pardon.

    De mon torse chapé jaillira peut-être un soleil.

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